De pourquoi…

Les dernières semaines sont passées à une vitesse folle avec la préparation de mon salon annécien, entre couture, réflexion pour le stand, découpage,… du travail acharné pour proposer un maximum de produits Mes Comptoirs pendant ces 3 jours de parenthèse.

En parlant de parenthèse, c’est aussi le blog et mon compte Facebook que j’y avais mis, attendant, impatiemment ce début de semaine pour pouvoir m’y remettre.

L’AM de vendredi 13 s’est bien passée, comme un accomplissement. J’étais vraiment contente d’avoir enfin pu arriver au bout de ce projet.
Je rêvais depuis le matin de la fondue et de la raclette que nous avions prévu comme récompense de tout ça :-) Nous sortons du restaurant vers 22h30, ivres et rassasiés, heureux. Benjamin réalise alors qu’il va pouvoir regarder la fin du match de l’équipe de France en rentrant… Ils chuchotent le mot attentat à a télé et à la fin du match, passent sur l’édition spéciale des infos.

Le temps s’arrête. Comme une répétition, inlassable, du même événement.
La réalité dépasse la fiction, pour nous qui regardions 2 jours avant les derniers épisode de la saison 5 de Homeland entre deux finitions à la main (1).

Putain de merde!!! Sérieusement?!?

ecccd910f706cd069b6eeb0636499029Heureusement, ma présence au salon, et l’absence de réseau 3G sur mon stand m’ont vraiment préservée du battage médiatique le week-end. Je me suis rattrapée lundi et mardi. J’ai lu, beaucoup, j’ai vu des vidéos, beaucoup. J’ai pleuré, pas mal. J’ai eu peur, un peu. Je n’ai pas eu de haine par contre, étonnamment.

Ces derniers jours, on a beaucoup parlé du qui, qui sont les morts, qui sont les survivants, qui sont les terroristes. On a parlé du quoi, des armes, des gilets, des voitures, des téléphones, de paroles, de djihad. On a aussi beaucoup parlé du où, les lieux des attentats, les lieux de la préparation,… On a bien sûr parlé du comment, comment se sont déroulés les événements, comment les terroristes sont arrivés jusque là, comment ils ont réussi à faire ci, ça, chouette. Je ne vous parle pas du combien, ces chiffres qui s’égrènent inlassablement. On les a tous vus et lus.

Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? (2)

Et le pourquoi? Dites-moi, je suis la seule à le ressentir ou vous aussi vous avez le sentiment que l’on zappe complètement le pourquoi? POURQUOI? POUR QUOI?

En janvier dernier j’écrivais un long mail à mes amis où je leur partageais mes inquiétudes suite aux attentats. Pour moi, c’était la première cristallisation de quelque chose de latent que je ressentais depuis un moment, depuis 2013, depuis les premières décapitations. Depuis qu’on avait commencé à se rendre compte que Daesh n’était pas comme les autres, avec sa maîtrise notamment du web et de l’horreur. Je m’y interrogeais déjà sur les causes, qui m’inquiétaient. Car, on a beau faire la guerre, tuer ces gens là-bas sur place, on ne tuera pas leurs idées! Ce qui s’applique à nous s’applique à eux… Tandis que l’on crie « vivons, buvons, sortons, mangeons ». Eux, crient « tuons, exploitons, esclavageons, contrebandons,… » (et je ne connais pas assez le sujet, je pense qu’ils crient plein d’autre choses qui doivent répondre à des gens).

Les extrêmes ont toujours existé, on ne pourra pas les supprimer même si on ne supporte pas leur présence. La seconde guerre mondiale n’a pas fait disparaitre ni l’antisémitisme, ni le racisme, ni l’homophobie,… De la même manière que ce ne sont pas les seules manœuvres géopolitiques qui ont déclenché la seconde guerre mondiale. Hitler et tous ses confrères « dictateurs » et assassins n’ont pas vu le jour grâce à des problèmes de frontières ou de colonisation.

Si on détruit l’Etat islamique, on ne détruira pas leur haine de l’Occident. On ne remplira pas le ventre de ceux qui y croient, on ne remplira pas leur tête d’autres idées, on ne leur donnera pas un travail, ni un toit.

Partant de ce postulat, c’est illusoire de croire que l’on peut vraiment faire la guerre contre le terrorisme. Et c’est pourquoi je pense que réduire ce combat à des moyens (humains, armes, euros) ou à des décisions politiques (arrêter l’hypocrisie des relations avec tel ou tel pays arabe,…) ou encore à des façons de vivre (rions, chantons, dansons, buvons) n’est pas une solution si on ne répond pas au pourquoi et si on ne remet pas en cause un tant soit peu notre existence pour y trouver des solutions, peut être simples mais importantes. Parce que c’est bien beau de continuer à aller boire des verres si on continue à ne pas tendre la main à quelqu’un qui en a besoin. Parce que c’est bien beau d’aller taper là-bas si on continue à laisser en France des gens être irrespectueux, malpolis, ou encore prôner la violence, dans la rue, dans le métro ou au travail. Parce que c’est bien beau de critiquer la géopolitique du monde arabe et de partout ailleurs quand on continue à ne pas faire attention à ce que l’on consomme.

Comprenez bien qu’en fait, je suis pour toutes ces solutions. Je ne chercher pas à moraliser, je suis pour un mélange de tout ça, pour le doigt d’honneur et continuer à vivre, pour leur taper sur la tête là-bas aussi, pour que l’on arrête de dire merde à l’EI et la Syrie tout en acquiesçant bêtement à l’Arabie Saoudite.

Mais il me manque ce questionnement : Pourquoi ces êtres déracinés se battent pour la Syrie? Qu’est ce que ce pays représente pour eux? Leur liberté? Leur avenir? Pourquoi les valeurs de notre République ne répondent pas à leurs attentes? Il existe une réalité, dure, que je vis parfois moi-même en tant qu’enfant de couple mixte franco-marocain, même si heureusement je porte un prénom et nom bien français. Pourquoi ces enfants français, issus de l’immigration ne se vivent pas français? Pourquoi cette perte de repère et d’identité?

Enfin, le dernier point de solution, tendancieux et sur lequel je ne m’attarderais donc pas, réside dans la remise en question et l’évolution d’un Islam qui se radicalise et qui doit travailler sur ces problématiques qui le touche et le stigmatise.

persepolisComme vous vous en doutez, ce n’étais pas cet article que j’avais prévu cette semaine. J’avais envie de parler d’autre chose, de naissance je vous disais. Mais j’ai eu beaucoup de mal à reprendre pied en rentrant lundi. Difficile de penser au travail quand votre esprit vagabonde ailleurs, vers ces angoisses d’un avenir incertain, pour ma fille surtout. C’est sûr qu’elle peut mourir trop jeune de nombreuses manières différentes, un accident de voiture est aussi inattendu qu’un attentat. Mais j’ai le sentiment d’une imminence de quelque chose d’autre, même si je sais (on me l’a dit et je l’ai lu aussi) que dans l’ensemble, le monde va mieux (sic). Il y a comme un truc qui résonne et qui me clignote « WARNING » dans la tête : le terrorisme, l’éducation, le climat,… autant de sujets qui interrogent.

Et oui, d’ailleurs, je vous laisse avec mes questions, mes interrogations, en suspens. Je n’ai pas de réponses. J’essaye, à ma mesure, de faire le bien autour de moi, de m’engager associativement et d’être autant que possible respectueuse des autres. J’ai juste peur que l’on passe, encore une fois, à côté du fond du problème.

Par contre, je vous recommande plein de liens à voir ou à lire et n’hésitez pas à partager les vôtres :

A VOIR
La Désintégration
Les Chevaux de Dieu (pas encore vu, merci Maxence et maman pour l’idée)
Daesh la naissance d’un état
Les fiancées du jihad
L’histoire de l’islam (le dessous des cartes 1 et 2, merci Thomas)

A LIRE
Le monde va mieux (merci Gaël)
De l’islam (merci Joachim)
Lettre au monde musulman
Projeter un avenir pour contrer Daech
Lettre à ma génération

A ACHETER
L’arabe du futur
Persepolis

A très bientôt, avec plus d’espoir!

le meilleurCrédit photo : Mathou (Crayon d’Humeur), Marjane Sartrapi pour Persepolis et Calvin et Hobbes :-)

1 – ici l’extrait (J’ai lu que la nouvelle saison d’Homeland polémiquait, je ne veux pas en lancer. Je trouve juste qu’ils ont une analyse de la situation réelle qui est intéressante « quelle est notre stratégie? Parce que eux, ils ont une stratégie » «qu’est ce que vous proposez? » « 200 000 soldats au sol et autant de médecins et professeurs », c’est pas con, non? Réducteur peut-être mais pas con).
2 – La méthode QQOQCCP :-) une méthode d’analyse utilisée dans les procédures qualité.

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