Et de renaissance…

Décidément j’ai du mal à publier autant d’articles de blog que j’aimerais!
Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir l’envie de le faire… Je dois avouer que j’aime beaucoup écrire, partager ce que je ressens, ce que je vis, et vos mails, commentaires, remarques, m’encouragent d’ailleurs à le faire :-) merci!
Pour ceux qui rejoignent le train maintenant, voici la 4ème étape de ma reconversion après les articles : j’aurais voulu être un artiste, de fracture, de naissance.

Lorsque je me suis retrouvée en arrêt maladie, j’ai été comme déracinée, j’ai du mal à bien l’exprimer mais il faut imaginer un schéma de réussite bien rodé dans ma tête, et cet arrêt ce n’était pas du tout, mais alors pas du tout, ce que j’avais prévu… D’ailleurs au début, je ne voyais pas très bien pourquoi je serais allée voir un médecin. Qu’elle aurait été la solution? Un arrêt ok, mais pour quoi ensuite? Il fallait bien que je retourne travailler à un moment ou à un autre. Du coup, quel intérêt?
C’est ma petite sœur qui m’a poussée à aller consulter, après un dernier éclat d’humeur ce fameux week-end, la veille de mon arrêt. Elle m’a d’abord dit que, depuis petite, elle me voyait un peu comme un pilier, toujours droit, toujours sûr, toujours ferme, mais que depuis quelques temps elle doutait, me voyait évoluer, me perdre, mais aussi m’humaniser…. Elle m’a ensuite dit que ce n’était pas normal d’être dans mon état, et que je pouvais certainement me faire aider. J’ai pris mon courage à deux mains et le lundi matin à 8h j’étais au cabinet.

burnout

Aller voir le médecin ça signifiait assumer que quelque chose n’allait pas, que j’avais une faille (avec du recul, cette faille je vous en parle depuis le début, mais sur le coup, je ne m’en rendais pas compte). Ce n’était pas la plus simple des décisions. D’autant plus que je savais parfaitement, que dans mon entreprise ce ne serait pas compris, que j’avais la frousse du regard des autres (amis, famille), que j’avais peur de MON regard, sur moi. J’ai eu la chance d’un médecin traitant qui a reconnu sans difficulté mon malaise et d’un psychiatre particulièrement fin et intelligent dans sa perception de mon mal-être.
J’ai coupé tout contact avec mon entreprise et puis je suis restée avec moi-même. C’était la première fois, vraiment, avec moi. Un peu écho à ma grossesse, mais à cette époque là, même si je me découvrais, je m’apprêtais surtout à accueillir ma fille. Je me suis sentie tellement illégitime de cet arrêt, je n’en ai d’ailleurs pas parlé à grand monde. Mes parents ne l’ont pas su tout de suite, mes amis non plus, je ne l’ai jamais dit directement à certains. Je crois que j’avais honte (bipolarité de la personne qui se sent à la fois soulagée de déposer sa carapace et à la fois angoissée de ne plus correspondre à l’image qu’elle renvoyait aux autres)

Quand mon psychiatre m’a accueillie dans le cadre de cet arrêt, j’étais perdue. J’étais dans un état de nervosité vraiment important, très angoissée. Et ma grande chance c’est que c’est un médecin qui croît vraiment à la pleine conscience ou mindfullness* (super article de Christophe André – dont je vous parlais dans mes bonnes résolutions, auteur de Méditer Jour après Jour – à propos de la pleine conscience, à télécharger ici). Saviez-vous que des études scientifiques ont pu montrer que pour des personnes dépressives, l’effet de la méditation est équivalent à celui d’anti-dépresseurs et peut permettre d’éviter la prise de médicaments?*
Alors, il m’a délicatement poussée dans cette voie, me mettant aussi le couperet de la médicamentation si cela était indispensable, chose que je ne souhaitais, vraiment, pas!
Les 3 mois précédents mon arrêt j’avais fait de la sophrologie, j’avais aussi sous le coude le yoga que j’avais commencé à pratiquer de façon sérieuse à la suite de ma préparation à l’accouchement. La méditation c’était finalement la continuité de tout ça.

meditation

Mon psychiatre m’a aussi très rapidement conseillé de lire un ouvrage qui m’a transformée « Maintenant ou Jamais! La transition du milieu de vie » de Christophe Faure. Ce livre a été un vrai support à nos rendez-vous qui avaient lieu 1 à 2 fois par semaine. A la maison, je lisais, je prenais des notes, je réfléchissais, je le voyais ensuite, j’avançais.
Au fil des jours j’ai pris conscience de tout ce que je vous ai partiellement décrit dans mes premiers articles, que je n’étais pas en accord avec mon « moi », que j’avais grandi en recherchant, profondément, à être aimée par les autres. Je vivais pour le regard des autres… Cela s’explique par plein de raisons (et sans doute de nombreuses que je ne connais pas et ne connaîtrai jamais :-) ) mais c’est certains que ma zébritude* et mon hypersensibilité associée, mon histoire familiale, mon éducation, les valeurs de ma famille,… m’ont guidée dans cette voix d’abnégation et de souhait de satisfaire l’autre pour être aimé, comme un enfant à l’âge adulte. Le cocktail a fini par être explosif pour mon cerveau car, dans tout ça, je m’étais oubliée.

Quand j’ai été mûre pour l’entendre il m’a dit « je ne remets pas en cause la souffrance que vous avez vécue au travail mais je fais très rarement une déclaration de maladie professionnelle dans le cadre d’un burn out, pour la simple et bonne raison que la responsabilité n’est jamais qu’à l’entreprise. Il y a la réalité de ce qui se passe et il y a le vécu que vous en avez, forgé par votre histoire, votre sensibilité» « aujourd’hui, ce que vous avez vécu dans cette entreprise, je pense vous pourriez le vivre dans une autre ». Bon, j’ai d’abord été hyper vexée :-) Quoi, ce n’était pas que de leur faute à eux??? C’est là que l’on a attaqué la notion de réussite, d’ambition … de bonheur. Avec le temps j’ai réalisé que je projetais dans mes relations – professionnelles notamment – cette quête d’amour, entraînant à la fois des attentes disproportionnées et des déceptions fortes, par manque de reconnaissance, surtout avec les personnes pas vraiment empathiques ni sensibles, comme peuvent l’être certains managers…

Un jour, au détour d’une discussion, arrive le dialogue :
« – mais pourquoi recherchez-vous systématiquement ce type d’entreprise (à savoir, grosse boîte avec souvent salaire, avantages qui vont avec)?
– je ne sais pas, sans doute, parce que je sais que c’est dans ce type d’entreprise que je vais avoir des postes qui vont me permettre d’atteindre mes ambitions
– et, quelles sont vos ambitions?
– je ne sais pas, sans doute avoir un poste à responsabilité, un bon salaire…
– est-ce que ce sont VOS ambitions?
– je ne sais pas… Apparemment non. Mais si ce ne sont pas les miennes… Alors quelles sont mes ambitions? Qu’est-ce que j’aime? Qu’est ce qui me rend vraiment heureuse? Qui je suis?« 

Et voilà comment, petit à petit, je suis née une deuxième fois, à moi-même. J’ai entamée une nouvelle quête, non pas celle de l’amour des autres, mais celle de mon propre amour, pour moi.

Magritte

J’ai enfin cessé de m’excuser d’être qui je suis, je m’assume plus et ça fait un bien fou…
Ce n’est pas simple tous les jours, c’est même un combat de tous les instants, car j’ai mon cerveau qui rappelle souvent (trop à mon goût) à mon corps son existence, moyennant quelques manifestations physiques jamais très agréables. L’actualité et mon hypersensibilité chronique n’aident pas. Mais j’apprends, chaque jour, j’accepte de ne pas être parfaite et j’avance.

Et Mes Comptoirs dans tout ça? Parce que c’est bien beau de parler de moi mais pour l’instant, je ne vous ai pas encore parlé de mon entreprise… Ahhh, ça va venir, rendez-vous au prochain article :-)

Photos (c) LiveScience, Holly Lindem, Gemmagazine, Magritte

Sources :

* La pleine conscience – ici , ici ou encore et par Matthieu Ricard ici, aussi ailleurs sur le web, au gré de vos recherches :-)

* The Lancet – Synthèse de l’Etude ici

* Le Monde – article concernant cette étude ici

* zèbre : « le terme « zèbre » que [je] leur préfère et ai choisi a l’avantage de les affranchir de ces a priori : le zèbre, difficilement apprivoisable, se fond dans le décor tout en s’y distinguant par des caractères (leurs rayures) propres à chaque individu » Jeanne Siaud-Facchin dans Trop Intelligent pour être heureux à propos des surdoués – lire ici pour en savoir un peu plus

4 commentaires à propos de “Et de renaissance…

  1. Comme d’habitude, j’adore vous lire…..ça fait du bien, et même si je n’ai pas vécu exactement la même chose que vous (burn out), plusieurs choses dans ma vie me pousse à me demander « qu’est ce que je veux vraiment »…..et savoir qu’avec un peu de courage on peut « tout » plaquer pour enfin être la personne que l’on veut nous (et non celle qui plait aux autres) c’est très très encourageant: alors FELICITATIONS :)

    • Merci Maeva! :-) Quel plaisir de lire un message comme le vôtre :-)
      Comme je le dis à chaque fois c’est de savoir que ça peut aussi aider qui me donne envie de partager :-)
      Bon courage dans votre cheminement en tous cas :-)

  2. J’ai découvert votre site en cherchant un cadeau de naissance pour ma petite nièce et je découvre un partage d’une telle humanité qui me touche droit au cœur.
    Aller vers Soi me touche profondément car c’est ce que je fais depuis quelque temps et cela me remplit de Joie et d’Amour.
    Partager votre chemin permet d’éveiller les consciences à votre manière et je pense que notre Monde en a besoin :)

    Merci beaucoup et belle route à vous et votre famille

    Émilie

    • Quel joli message! Merci beaucoup Emilie :-) cela me touche beaucoup car c’est vraiment mon objectif de partager mon expérience et d’éveiller les consciences :-) le mot est vraiment juste!
      Très belle journée à vous (et n’hésitez pas si vous avez des questions sur la boutique 😉 😉 )

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