De la manière de rêver sa vie pendant des années… J’aurais voulu être un artiste

artisteBon cet article, je l’ai écrit plusieurs fois, j’ai beaucoup réfléchi, trop réfléchi d’ailleurs. Mais ça, c’est moi :-) . J’en suis d’ailleurs arrivée à me demander pourquoi j’avais écrit tout ça, si personnel, si égocentrique… Et au final, je me suis rendu compte que m’émanciper du regard des autres, ne m’intéresser qu’à moi, être même un peu narcissique au fond, c’était ce qui m’avait mené à créer Mes Comptoirs.

C’est de ce chemin là dont je veux vous parler, qui m’a poussée il y a bientôt 18 mois à me retrouver devant mon psychiatre, acculée, à lui renvoyer au visage « qui je suis? Je ne sais pas qui je suis… »

Être, c’est difficile à aborder comme sujet, non?

Commençons par le commencement, pièce d’identité et tout le toutim.
Marie-Anaïs, 29 ans et toutes mes dents.
Pendant longtemps j’ai cru que je voulais être vétérinaire (la faute au « Lion » de Kessel) même si en toute franchise, j’avais peur des animaux! J’ai compris après coup que je voulais les sauver mais pas forcément les guérir. Déjà cette petite âme d’altruiste qui pointait en moi.lionAînée d’une famille de 3 enfants, dans une famille plutôt tradi, élitiste, arrivant à la suite d’un grand frère mort à la naissance, et puis zèbre* par dessus tout, j’ai vécu pendant très longtemps une sorte de pression qui m’a poussé à reléguer au second plan mon côté manuel pour celui de la personne qui doit réussir scolairement puisqu’elle en a les capacités. Et quand j’écris « vécu » c’est bien parce que c’est comme ça que je le vivais mais pas forcément ce que les autres faisaient, ou en tous cas, pas systématiquement :-)

Sauf que, réussir, dans ma famille, cela signifiait, en tous cas pour moi car mes soeurs n’ont pas eu le même vécu, classe préparatoire – grande école – gros poste – gros salaire.

Me voilà donc passer toutes les étapes l’une après l’autre : le bac S (avec une option Arts Plastiques quand même :-) ), la classe préparatoire BCPST-véto*, l’école d’ingénieur agronome (oui, parce qu’entre temps, je m’étais rendu compte du truc avec les animaux. Mais la nature, les plantes, les vaches, ça me tentait).

diplome2Disons qu’au début, ça se passait plutôt bien, je ne réfléchissais pas trop à mon avenir professionnel…
Non, ce n’est pas vraiment ça, je dirais plutôt que je m’étais complètement appropriées les projections de bonheur et de réussite que mon entourage avait instillé en moi et je pensais qu’elles étaient miennes. Du coup je ne me posais pas vraiment de questions….
Parfois, j’avais des petits sursauts de mon « moi intérieur ». Lors de mon stage ouvrier, à la ferme, bien manuel, bien fatigant, ou lors de mon deuxième stage, sur le terrain, dans les stations d’épuration, très tôt le matin avec les hommes aux mains burinées, autour d’un café dans un préfabriqué. De retour au bureau, derrière mon PC, je m’ennuyais ferme mais je me disais que c’était un passage obligé pour réussir… réussir… R E U S S I R… 7 lettres pour un sacré enjeu.

Comme j’avais fini mes études relativement jeune, que mon futur mari était parti un an à l’étranger, je me suis lancée dans un 3ème cycle à HEC, sur le développement durable (et on en reparlera plus tard d’ailleurs). Mon côté « dents qui rayent le parquet » en était bien satisfait. Quoi de mieux qu’ajouter HEC sur mon CV déjà plutôt pas mal pour pouvoir accéder à mon objectif de « gros poste – gros salaire » ?

Bon, sauf que le bonheur, ça ne marche pas vraiment comme ça… Parce qu’il y a réussir et être heureux. Et puis il y a le référentiel de réussite…. Qu’est-ce que réussir au fond? Les ambitions que j’avais étaient elles les miennes?

Bref, je me rappelle de mes premiers jours de boulot… La déprime. Mais dans un sens, je ne m’autorisais pas vraiment à être malheureuse. Par contre, j’étais constamment plaintive, un bonheur pour mes proches! :-) Il y avait bien un truc qui clochait mais j’essayais de me convaincre que c’était la vie, c’était comme ça! Par contre, dès qu’une occasion de faire autre chose se présentait, je sautais dessus et le reste du temps, je vivais dans une vie fantasmée de « si j’avais le temps, je ferai ci, ça, chouette ». Ah oui, on appelle ça l’espoir :-) En gros, on va dire, avec du recul, que je survivais. Oui, je sais, ça fait un peu enfant gâté. Mais c’est vrai, parce que vivre, pour moi, c’est être heureux.

To be continued :-) (la vie palpitante de Marie-Anaïs)

Photo (c) Pinterest

* zèbre : « le terme « zèbre » que [je] leur préfère et ai choisi a l’avantage de les affranchir de ces a priori : le zèbre, difficilement apprivoisable, se fond dans le décor tout en s’y distinguant par des caractères (leurs rayures) propres à chaque individu » Jeanne Siaud-Facchin dans Trop Intelligent pour être heureux à propos des surdoués – lire ici pour en savoir un peu plus

* BCPST-véto : Biologie, Chimie, Physique, Sciences de la Terre. On faisait quand même des Maths, beaucoup trop de Maths d’ailleurs!

6 commentaires à propos de “De la manière de rêver sa vie pendant des années… J’aurais voulu être un artiste

  1. j’ai suivi deux formations des entrepreneuses créatives. La dernière ne m’a pas vu très active faute de temps et de soucis personnels de dernières minutes mais cela ne m’a pas empêché de prendre des notes. Et de me nourrir de toutes les expériences et ainsi d’avancer pour me réaliser.
    Moi aussi en pleine reconversion ou disons dans la réalisation d’un projet créatif je me reconnais dans tes mots et maux.
    J’ai 39 ans aujourd’hui, 3 enfants, et un chemin sinueux, tortueux pour arriver à me trouver, me réaliser et être enfin moi. J’ai moi aussi cherché à plaire et faire ce qui semblait devoir être fait. A m’oublier et à rester dans les rangs, pour la famille, ma soeur, les autres, mon conjoint, le qu’en dira t on. En refoulant toujours mon esprit créatif, ma nature bohème et avançant en me demandant t où j’allais.
    Plusieurs années prof, maintenant dans le monde du handicap je monte ma petite entreprise, enfin. Au tout début de l’aventure le zèbre que je suis sait qu’il fait le bon choix.
    Alors au delà de ton blog que je trouve vraiment réussi, coloré, avenant parce qu’il me ressemble dans les goûts et les couleurs ton message et ton aveu me touche. Un effet de miroir troublant.
    Penser à soi c’est pas de l’égoisme. C’est juste courageux de se réaliser en sachant qu’on sort du cadre. Alors bravo, mille fois. Continue sur cette voie, écoute ta voix et sois heureuse.
    J’aimerais bien discuter en message privé si cela peut être envisageable de zèbre à zèbre mais surtout de créatif à créatif.

    Anne-Laure

    • Bonjour Anne-Laure!
      Merci pour ce témoignage, qui me touche beaucoup…
      J’avais aussi besoin de parler de ça pour partager avec d’autres zèbres et d’autres créatives et d’autres femmes en reconversion, mon objectif est donc atteint :-)
      Avec grand plaisir pour échanger, via ma page Facebook ou par mail sans aucun souci!
      Excellente journée à toi.
      Marie-Anaïs
      Nb : ma soeur s’appelle Anne-Laure, drôle de coïncidence!!

  2. Bravo pour ce témoignage qui tient du parcours initiatique,
    renouer avec soi-même et trouver sa place dans le monde professionnel est un combat qui mérite d’être mené en dépit des obstacles à franchir.
    bonne continuation.
    Astrid WAECKEL

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